PYTHEAS
de Massalia
380 - 305 av J.C.


 PAYS - PEUPLES

 EXPLORATIONS REALISEES

 
MESOPOTAMIE

Les Mésopotamiens ne furent jamais de grands marins. On peut supposer néanmoins qu’ils explorèrent les côtes du Golfe Persique jusqu’à la vallée de l’Indus.
     

 
EGYPTE

Les Egyptiens réalisèrent de nombreuses expéditions au Pays de Pount ( ?) : Snéfrou en –2700, Sahouré en –2550, Hatchepsout en –1493 (Zambèze)… et en –600, Néchao envoya des marins phéniciens faire le tour de l’Afrique en 3 ans.

 
CRETE

Avant la destruction de la civilisation Minoenne par l’explosion de Santorin en –1520, les Crétois avait la totale maîtrise de la Méditerranée et avaient vraisemblablement  poussé des incursions dans l’Atlantique.

 
GRECE

Les Grecs se méfièrent toujours de la mer, mais l’Iliade et l’Odyssée  prouvent une parfaite connaissance de la navigation en Méditerranée et l’épopée de Jason une parfaite connaissance de la Mer Noire. Voir aussi Néarque et Alexandre.

 
PERSE

 Vers –500, Skylax, un Grec aux ordres de Darius 1er descendit l’Indus, longea les côtes de l’Arabie et revint en Egypte par la Mer Rouge. En –480ou –470, Sataspès un cousin de Xerxès descendit l’Atlantique jusqu’au Golfe de Guinée. 

 
PHENICIE

Grands navigateurs, les Phéniciens (Tyr et Sidon) parcoururent toute la Méditerranée, y fondèrent de nombreuses colonies (Carthage) et poussèrent des explorations dans l’Atlantique (Angleterre au nord, Mauritanie au sud).

 
CARTHAGE

En –600, Himilcon explora les côtes nord de l’Atlantique jusqu’en Bretagne et Cornouailles et en –47O, Hannon partit fonder des colonies dans l’Atlantique Sud (60 Pentécontères, 30 000 colons) et atteignit le Mont Cameroun (Equateur)

 
SAMOS

Vers – 600, le Samien Colaïos franchit les Colonnes d’Hercule et atteignit la contrée mythique de Tartessos (Lisbonne ?) d’où il revint chargé d’étain.
     

 
PHOCEE

Vers –450, Euthyménès franchit les Colonnes d’Hercule et sur les traces d’Hannon, en longeant les côtes d’Afrique, atteignit le Sénégal. 
     
     

SA VIE

Pythéas naquit à Massalia (nom ligure de Marseille) vers 380 avant J.C.
Il était issu  d’une famille phocéenne aisée, son père était commandant d’un navire marchand et il l’avait souvent accompagné dans ses voyages commerciaux en Méditerranée. De plus, il avait de vastes connaissances en astronomie et mathématiques. Il respectait en cela une tradition bien établie puisque la ville de Phocée en Asie Mineure était à la fois proche de Milet (patrie de Thalès) et de Samos (patrie de Pythagore).
Grâce au gnomon, connu depuis longtemps des Egyptiens et des Mésopotamiens, Pythéas détermina la latitude de Marseille avec une précision extraordinaire.

 
Au IVième siècle avant notre ère, Massalia était dirigée par une oligarchie marchande (les six cents Timouques) qui envisageait d’élargir son champ commercial en direction de l’Atlantique afin de limiter les risques et d’économiser les frais de convoyage de l’étain et de l’ambre par voie terrestre à travers le territoire celte.
Mais les colonnes d’Héraclès (Gibraltar) étaient alors aux mains des Carthaginois qui entendaient bien conserver le monopole du commerce maritime hors méditerranée.
Les Archontes de Massalia demandèrent donc à Pythéas de tenter de gagner la mer Boréale et de revenir par la route de l’Est, qui, croyait-on, devait rejoindre la mer Noire ou la mer Caspienne par l’intermédiaire des fleuves russes. Pythéas, « simple particulier sans fortune » accepta la mission, officiellement animé par des objectifs commerciaux, mais SURTOUT DESIREUX DE VERIFIER SES THEORIES GEOGRAPHIQUES ET ASTRONOMIQUES !
Vers 330 avant J.C., à bord d’un pentécontor (bateau rapide et solide parfois appelé l’Artémis à la flèche), Pythéas alors âgé d’une cinquantaine d’années, quitta Massalia pour une expédition fantastique qui se révéla un échec commercial mais UN SUCCES SCIENTIFIQUE EXTRAORDINAIRE !
A son retour, il fut décrié et méprisé et ce n’est qu’à partir du XVIième siècle, quand on redécouvrit les extraits des livres qu’il avait écrits, que l’on commença à prendre conscience de l’apport considérable de ce navigateur de génie.

SON VOYAGE

Pythéas quitta le Lacydon (port antique de Massalia) à bord d’un pentécontor, navire robuste et rapide parfois appelé « l’Artémis à la flèche » et longea la côte d’Ibérie jalonnée au début de comptoirs phocéens puis carthaginois.
Après douze jours de navigation, il atteignit les colonnes d’Héraclès bloquées par les Carthaginois. En effet, depuis 530 avant J.C., Carthage interdisait l’accès à l’Océan Extérieur (Atlantique) afin de préserver le monopole commercial de ses comptoirs océaniques. Pourtant Pythéas parvint à franchir le détroit sans problème. Certains pensent qu’il aurait navigué de nuit, trompant la vigilance des guetteurs, d’autres estiment plus vraisemblable qu’il ait négocié un accord commercial avec les Carthaginois.
Six jours plus tard, il doublait le cap Sacré (Saint Vincent).
En suivant la même route que le Carthaginois Himilcon (un siècle plus tôt), il remonta de cap en cap la côte atlantique de la Gaule jusqu’en Bretagne où il nota la présence d’un nombre considérable de petites îles. Il doubla le cap Kalbion (Pointe du raz) à 150 stades duquel se développait un nœud de courants dangereux autour de l’île d’Occimor (Ouessant).
Il se dirigea ensuite vers la Cornouaille  et atteignit les îles Kassitérides (Sorlingues) aujourd’hui disparues à l’exception de l’île Scilly . Il put y observer l’extraction de l’étain. Puis il fit voile vers l’île d’Ictis (Ile de Wight) où il effectua une courte escale avant de remonter le long des côtes d’Albion (Angleterre) dont il explora une grande partie à pieds. Ce fut le fait de se trouver face à un mur de falaises blanches qui fit baptiser l’île « Albion » de albus : blanc.
Il passa beaucoup de temps avec les peuples de cette nouvelle contrée. Les Celtes nommaient ces « sauvages » qui se peignaient le corps, les Britannis, du celtique « brith » (bariolé) d’où le nom de Brithénès : L’île des hommes peints, que les Romains appelleront les Pictes, du latin « pictis », peint. Pythéas précisera que ces « sauvages » étaient en fait « des gens très simples, bien éloignés de la ruse et de la méchanceté des gens d’aujourd’hui et qui boivent, non pas du vin, mais une boisson fermentée à base d’orge ».
Il contourna cette grande île et pour la première fois, il donna une estimation exacte de sa taille et de sa forme. Elle avait la forme d’un triangle allongé dont les trois sommets étaient : Belerium (Cap Land’s End), Kantium (le Kent) et Orca (les Orcades) et dont les côtés étaient dans le rapport : 3 – 6 – 8 . Il l’estima distante de 1 700km de Massalia (en réalité 1 800km).

Pythéas repartit alors en faisant voile au large et au bout de  six jours, il aborda une GRANDE ILE qu’il baptisa THULE. Ses connaissances maritimes étaient telles qu’on peut éliminer toute confusion possible avec les Shetland, les Féroé ou la côte de Norvège… Pythéas aurait donc découvert l’Islande, pays où le jour et la nuit « durent six mois » ! Les « barbares » de l’île lui montrèrent « l’endroit où le soleil disparaît pendant six mois, mais où, l’été, les nuits sont éclairées ». Mais un problème subsiste : l’Islande est située à bien plus de six jours de navigation du nord de l’Angleterre ! Alors ?… Le mystère demeure entier !
Poursuivant donc sa route vers le nord, il dépassa le 65ième parallèle, explora peut être le fjord de Trondheim, mais dut rebrousser chemin face aux conditions de navigation devenues épouvantables  et terrorisant ses marins. « Il n’existe plus de véritable terre, ni de mer, ni d’air, mais une combinaison de ces éléments. Tout ce qui existe se trouve en suspension, rendant la navigation et la marche impossible ».
Il redescendit cette fois par la côte Ouest de l’Angleterre et découvrit au passage l’Irlande, mais ne s’y arrêta pas.
Enfin ayant effectué un tour  complet de la Grande Bretagne, il remonta la Manche et la mer du Nord en direction de la mer Baltique vers les pays de l’ambre. Il doubla les îles de la Frise, longea les côtes occidentales du Slesvig et aborda une île immense: ABALUS ? ? ? qu’il baptisa « Royale » en souvenir de l’Atlantide. Il pourrait s’agir de l’île d’Héligoland. Les habitants de cette île produisaient beaucoup d’ambre dont ils faisaient le commerce avec les Guiones (Teutons). Il est peu probable qu’il ait dépassé le cap Skagen et pénétré dans la Baltique.
Sur le chemin du retour, il explora encore un estuaire profond, peut-être celui de l’Elbe.
Son périple terminé, une fois de retour à Massalia, il consigna toutes ses observations dans deux ouvrages : « SUR L’OCEAN » et « DESCRIPTION DE LA TERRE » qui lui valurent surtout une solide réputation de menteur. Ces ouvrages ont aujourd’hui complètement disparu. Ils ne nous sont connus que par des citations qu’en fit l’historien Strabon.


Voyage de Pythéas


SES DECOUVERTES

Déjà, à Massalia, Pythéas avait mesuré avec exactitude la latitude de la ville lui attribuant une valeur de 43° 16’ 15’’ (en réalité 43° 17’’ 56’’) soit une précision supérieure à celle que les astronomes grecs avaient trouvée pour Rhodes ou Alexandrie , et faisant de sa cité la ville la mieux localisée de l’Antiquité.
En comparant la hauteur du soleil le jour de l’équinoxe de printemps à midi, avec celle du solstice d’été à la même heure, la différence des mesures lui donna la valeur de l’obliquité de l’écliptique (plan dans lequel la terre tourne autour du soleil), soit 23° 46’, un résultat bien meilleur que celui trouvé par Anaximandre quelques siècles plus tôt.


Au cours de son voyage, Pythéas rencontra de nombreux peuples dans les nouvelles contrées qu’il avait atteintes. Il restera d’ailleurs très longtemps le seul méditerranéen à avoir approché ces populations dont il décrivit les mœurs avec force détails, se gardant bien de les considérer comme des barbares sauvages et sanguinaires.
Mais outre cette œuvre ethnographique, son apport dans le domaine de l’astronomie et de la géographie fut considérable.

1/ Il fut un des premiers à découvrir le phénomène des marées, inconnues en Méditerranée, et surtout il fut le premier à établir la corrélation entre  le flux-reflux et le déplacement de la lune. En effet, les marées comme la lune prennent chacune environ 50 mn de retard par jour. Quand il fera part de cette découverte, à son retour, il sera traité de menteur, les « érudits » lui faisant remarquer que si la mer monte un peu, cela est du à l’afflux d’eau apportée par les rivières.

2/ A un jour de navigation de Thulé, il donna une description hallucinante  mais exacte de la mer : « Il n’existe plus de véritable terre, ni de mer, ni d’air, mais une combinaison de ces éléments… Tout ce qui existe se trouve en suspension, rendant la navigation et la marche impossibles… ». On comprend que cette vision de la formation du pack où se mêlent glace, mer et brouillard ait pu terroriser ses marins.

3/ Il nota que plus on s’avançait en direction du Nord, plus le jour durait longtemps. Les indigènes de Thulé lui confirmèrent même que parfois, le soleil ne se couchait pratiquement plus et que le jour durait presque 24 heures… et inversement en hiver.

4/ En astronome compétent, il constata qu’il n’y avait pas d’étoile visible au pôle nord céleste, et ce, contrairement à une idée répandue depuis qu’Eudoxe (-406, -355) en plaçait une.

5/ Au delà du 65ième parallèle, il découvrit de nouvelles constellations circumpolaires qui ne se couchaient pas.

6/ Et surtout, ayant constaté un basculement vers le zénith de la voûte céleste au fur et à mesure qu’on se dirigeait vers le nord, il s’en servit pour calculer la valeur du degré de latitude qu’il estima à 700 stades…

Après quoi, il devenait un jeu d’enfant que de calculer la circonférence de la terre : 39 500km en unités actuelles, ce qui est tout à fait remarquable.


SA DEMONSTRATION

A partir d’un lieu (L) donné, il suffit de viser à la fois le pôle céleste (P) et l’horizon (H).

Les deux directions polaires célestes (LP) et (OH), parallèles et coupées par la sécante (LH), déterminent des angles alternes internes PLH et LHO de même mesure.

Dans le triangle HOL, les angles LHO et HOL sont complémentaires.

De même, les angles HOL et LOE sont aussi complémentaires.

Donc les angles LHO et LOE ont même mesure…

…et donc aussi les angles PLH et LOE.

Conclusion : la latitude d’un lieu L (angle LOE) est égale à l’angle que fait en ce lieu la direction du pôle céleste avec l’horizon (angle PLH).

Il suffit de se déplacer exactement vers le nord  d’une certaine distance, de recommencer la mesure… et la différence de latitude obtenue indique quel portion angulaire de la circonférence terrestre représente la distance ainsi parcourue.

Un tel déplacement vers le nord est parfaitement possible en mer. C’est ainsi que Pythéas put estimer à 700 stades la valeur du degré et, en multipliant par 360, calculer que la terre avait une circonférence de 252 000 stades, soit 39 500 km en unités actuelles.


Mais le génie visionnaire de Pythéas, nettement en avance sur son temps,  lui permit d’imaginer qu’au-delà des terres connues, IL EN EXISTAIT D’AUTRES ! « Si je calcule la courbure de l’Europe et la courbure du Monde, je suis obligé de concevoir une sphère au rayon si grand et à un monde habité si étroit par rapport à ce qui doit être dans l’étendue, que je ne peux que penser à d’autres terres au-delà de l’immensité de l’Océan ».

De retour à Massalia, Pythéas fut loin de recevoir l’accueil qu’il méritait. La raison essentielle tint à ce que son expédition fut un fiasco commercial total. La route de l’ambre et de l’étain qu’il avait ouverte se révélait inexploitable, les Carthaginois ne pouvant que s’opposer à ce trafic leur passant sous le nez.

Pythéas avait aussi découvert d’un coup trop de choses qui dérangeaient les convictions de ses concitoyens. Même si on avait commencé à admettre que la terre était sphérique et de grandes dimensions, IL FALLAIT QUE LA MEDITERRANEE RESTE LE CENTRE DU MONDE ! Entre autres choses, il était tout à fait inconcevable que des populations aient pu vivre au-delà du 45ième parallèle… Or, Pythéas affirmait qu’il y avait une vie au nord du 60ième parallèle ! Plutôt que de remettre en cause un conception confortable du monde, on préféra traiter ce « sacrilège » de menteur. 

FICHE PEDAGOGIQUE

Projet Educatif Européen « SOCRATES COMENIUS » - Collège Jules Ferry (Montluçon)
LES ORIGINES DU PATRIMOINE SCIENTIFIQUE EUROPEEN
Coordonnatrice du Projet : Melle BANKO Martine. Animateur du Projet : Mr GIRAUD Jean
Auteur du document : Mr GIRAUD Jean. Créateur de la page Web : Mr OLLIER Jean Pierre