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La
quasi totalité des informations relatives à la médecine mésopotamienne
provient de quelques tablettes en écriture cunéiforme qui ne représentent
qu’une très faible proportion de tout le matériel écrit retrouvé par
les archéologues. Il est important de noter que pour cette civilisation,
on ne possède aucune « représentation imagée » (peinture,
sculpture, bas-relief…) relative au domaine médical. De plus, les
restes humains de cette époque et de cette région sont tellement rares
qu’ils ne nous apprennent rien sur les pratiques appliquées
(contrairement à l’Egypte qui fournit aux chercheurs une quantité énorme
de matériel humain sous la forme de momies).
Les rares tablettes à caractère médical proviennent presque toutes de
la « bibliothèque » d’Assurbanipal, dernier grand Roi
assyrien. Quand son palais a été incendié, 20 000 tablettes d’argile
ont été « miraculeusement cuites » par les flammes et
ont pu ainsi se conserver de façon remarquable.
Les archéologues ont eu aussi la chance de découvrir la « bibliothèque »
d’un « médecin » pratiquant à Assur, documents auxquels il
convient d’ajouter 30 textes médicaux en provenance d’Uruk.
Tout ce matériel, bien que diffus et incomplet permet de se faire une
petite idée de ce que pouvait être la médecine mésopotamienne.
Les
Mésopotamiens ont certainement fait preuve de compétences dans le
domaine curatif mais apparemment, ils n’ont rien établi de précis
concernant la théorie, tant au niveau du fonctionnement des organes que
de celui des troubles qui pouvaient les frapper. De plus, leurs
conceptions médicales étaient un mélange curieux et confus de Magie,
d’Astrologie, de Divination et accessoirement… de Médecine. Par
exemple, pour eux, une éclipse annoncée (leurs Astronomes-Mages étaient
très compétents en ce domaine) pouvaient aussi bien être la cause
d’une grave maladie chez un individu en bonne santé que le facteur de
guérison d’un malade. Certaines thérapeutiques relevaient du plus pur
des hasards. Ainsi, si le « médecin » se rendant chez un
malade voyait un faucon volant à sa droite, le patient était sûr de guérir…
par contre, si le faucon volait à sa gauche, le pauvre homme était irrémédiablement
condamné.
Les textes retrouvés semblent très proches, dans leur forme, des manuels
de sorcellerie et pourtant, les descriptions qui sont faites des maladies
ainsi que les remèdes préconisés font montre d’un réel don
d’observation ainsi que d’un évident bon sens en ce qui concerne les
traitements.
Pour les Mésopotamiens, les maladies étaient causées chacune par une
« divinité » ou un « esprit » correspondant à
une partie spécifique du corps. Par exemple, le mal de tête était
provoqué par « la main du Dieu-Tête ». Mais il est bien
difficile d’en dire plus car beaucoup de maladies étaient simplement désignées
sous un nom, tel « bennu », qui ne veut absolument rien dire
pour nous. Notons encore que certains Dieux pouvaient agir à un niveau
extrêmement important et provoquer les épidémies.
Pour
lutter contre ces « malheurs », les Mésopotamiens faisaient
appel à deux types de médecins :
-
Le
premier portait le nom d’Ashipu. Dans les textes les plus anciens, l’Ashipu
est même désigné sous le nom de « Sorcier ». Son rôle
essentiel consistait à diagnostiquer le mal, en fait à déterminer quel
Dieu ou Démon provoquait la maladie chez le patient. Très important, il
devait aussi déterminer si la dite maladie ne pouvait pas être la conséquence
d’une erreur ou d’un péché de la part du malade. Une fois la cause
établie, l’Ashipu pouvait essayer de guérir le patient au moyen de
« charmes de prières et d’incantations »
sensés éloigner l’esprit responsable de la maladie. En cas
d’impuissance ou s’il se jugeait incompétent en la matière, l’Ashipu
pouvait diriger le malade vers une personne plus compétente, en
l’occurrence…
-
Le
second praticien qui portait le nom d’Asu et qui était le spécialiste
des traitements à base de plantes et que l’on pourrait, lui, qualifier
de « médecin ». L’Asu avait une assez bonne connaissance
empirique des médicaments qu’il utilisait. Pour soigner les blessures,
par exemple, il faisait reposer ses soins sur trois techniques de bon sens :
nettoyage de la plaie (avec utilisation de plantes antiseptiques),bandage
et maintien en place au moyen de plâtres. Certains de ces plâtrages
faisant intervenir diverses résines et produits chimiques pouvaient avoir
la faculté d’éviter toute invasion bactérienne.
Souvent,
la distinction entre Ashipu et Asu était loin d’être claire et
certains Ashipus pouvaient préconiser des remèdes à base de plantes
tandis que certains Asus pouvaient utiliser des incantations magiques pour
soutenir et renforcer leurs médications.
Certaines
informations au sujet des médecins mésopotamiens proviennent du code des
Lois d’Hammurabi, et il faut reconnaître qu’elles ne manquent pas
d’intérêt. Plusieurs d’entre elles établissent la responsabilité
et les droits du médecin pratiquant des actes chirurgicaux nécessitant
« l’utilisation du couteau ». Si le chirurgien sauvait une
personne de haut rang, il devait être payé dix shekels, par contre,
s’il ne sauvait qu’un esclave, sa rémunération ne pouvait pas dépasser
deux shekels. S’il provoquait la mort d’une personne de haut rang, il
courait le risque d’avoir la main coupée, mais si c’était un esclave
qui y laissait la vie, le praticien n’était condamné qu’à payer le
prix d’un esclave de remplacement.
Certaines
tablettes d’argile décrivent aussi diverses drogues ainsi que leurs
vertus, mais ces drogues sont bien difficiles à identifier dans la mesure
où elles sont toujours désignées sous la forme de métaphores aussi
explicites que « Graisse de Lion » ou « Feu du désert ».
Toutefois, il y a tout lieu de penser que ces drogues étaient pour la
plupart des extraits de résines diverses ou des épices qui avaient indéniablement
des propriétés antiseptiques ainsi que « le pouvoir de masquer
l’odeur d’une blessure infectée et malodorante ».
Outre
l’appel à l’Ashipu ou à l’Asu, les Mésopotamiens disposaient
d’un autre moyen de se soigner. Ils pouvaient aller prier dans le temple
de Gula, Dieu canin dont les pouvoirs curatifs avaient la réputation d’être
particulièrement efficaces. Les fouilles archéologiques n’ont pas
permis de montrer si les patients qui venaient au temple pouvaient être
logés dans le sanctuaire pendant leur « traitement »
(contrairement aux Asclépions grecs).
Ces temples auraient donc pu être de simples lieux de diagnostics
des maladies. Toutefois, ils avaient une valeur indéniable dans la mesure
où ils comportaient une importante « bibliothèque » de
descriptions des symptômes et des soins. Mais il semblerait que la plus
importante part de la médecine était dispensée au domicile du patient,
la famille se chargeant de donner les soins prescrits.
En dehors du domicile, les Mésopotamiens accordaient une grande valeur
curative aux Fleuves qui avaient la réputation de pouvoir entraîner les
forces mauvaises qui provoquaient les maladies. Parfois une « petite
résidence secondaire » était construite au bord du fleuve pour que
le malade se retrouve dans des conditions idéales de guérison.
En
conclusion, il est possible de dire que la médecine babylonienne, à la
fois sommaire et empirique, n’eut que bien peu d’influence sur le développement
ultérieur de cette Science qui établit ses bases les plus solides sur
les connaissances des Egyptiens qui se sont transmises et ont progressé
grâce à l’intervention des médecins grecs.
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Il
y a tout lieu de supposer que la médecine en Egypte puise directement ses
origines dans les techniques et rites liés à l’embaumement.
Progressivement ce souci purement religieux (conservation du corps pour
le retour futur à la vie) évolua vers les connaissances anatomiques, la
chirurgie et la médecine curative. Mais il convient de bien garder présent
à l’esprit qu’il n’y avait aucun distinguo entre le Médecin, le Prêtre
et le Magicien. Ainsi, pour soigner par exemple une morsure de serpent ou
une piqûre de scorpion, le praticien cumulait l’emplâtre d’herbes et
de miel, les incantations et les amulettes !
On peut aussi penser que la curiosité poussa les embaumeurs à essayer de
déterminer les causes de la mort par l’examen des organes internes. Le
rituel religieux s’ouvrant progressivement sur les premières tentatives
d’autopsie ! De là à envisager et expérimenter des traitement
curatifs, il n’y avait qu’un pas qui fut franchi et dès lors, par
l’intermédiaire de la religion, la médecine empirique fit son entrée
dans la vie quotidienne des Egyptiens. Si ces conceptions nous paraissent
bien « rustiques » aujourd’hui, il ne faut pas oublier qu’à
leur époque, les médecins égyptiens jouissaient d’une excellente réputation.
Pour eux, les maladies et troubles, qui ne résultaient pas d’un
accident évident, étaient forcément provoqués par des puissances
hostiles : Divinités maléfiques, Esprits malins, âme errante
d’un mort n’ayant pas reçu les sacrements réglementaires…
Durant
toute la période pharaonique, il se développa en Egypte une « corporation »
de médecins ayant même souvent des spécialités : oculistes,
dentistes, gynécologues… et même vétérinaires… mais cela n’a
rien d'étonnant en ce qui concerne ces derniers puisque de nombreux
animaux étaient sacrés et embaumés après leur mort.
Ce qui est intéressant pour les chercheurs de notre époque, c’est que
les médecins de l’Egypte antique prenaient soin de tout noter par écrit,
aussi bien les descriptions des organes atteints et les symptômes observés
que les compositions des remèdes à utiliser dans chaque cas. Ainsi de
nombreux papyrus décrivent-il le fonctionnement du corps humain, le rôle
du cœur et des vaisseaux sanguins, l’architecture osseuse… mais il
faut bien aussi reconnaître que nombre de ces descriptions sont agrémentées
d’éléments à la fois fantastiques et fantaisistes. Par exemple, les médecins
égyptiens ignoraient tout de la fonction des reins et pensaient que les
vaisseaux sanguins transportaient tous les fluides corporels, y compris
l’urine… et même les larmes.
Ils utilisaient une foule de produits à des fins curatives, produits
d’origine aussi bien minérale que végétale ou animale... Parmi ces
derniers, ils faisaient une grande consommation de miel, de lait et…
d’urines diverses ( hippopotame, pélican, ibis…).
Les textes retrouvés montrent que les anciens Egyptiens étaient déjà
victimes de la bilharzie et que différents traitements avaient été
envisagés pour lutter contre cette plaie du Nil. Ils essayaient aussi de
soigner les migraines tenaces en pratiquant la trépanation. Ils savaient
soigner les caries en bouchant les trous des dents avec des « ciments
minéraux » ou des « plombages » en feuille d’or. On a
retrouvé des mâchoires perforées, preuve qu’ils avaient su vider des
abcès. Dans ce pays où la poussière et les mouches sont omniprésentes
et où l’hygiène est une notion des plus vagues, les maladies de l’œil
étaient très fréquentes et de nombreux documents font mention des
divers traitements qu’il est possible d’appliquer.
Il semblerait que la chirurgie osseuse ait été elle aussi assez bien développée
ainsi que le montre le « Papyrus d’Edwin Smith » (acheté à
Louxor en 1862) et qui ne compte pas moins de 110 pages. Ce document porte
une annotation permettant de le dater de 1534 avant J.C., mais certains de
ses passages autorisent à penser qu'il pourrait être, pour partie, une
compilation de documents nettement plus anciens.
Enfin,
il convient de noter un dernier point des plus intéressants : Les médecins
égyptiens avaient dressé une liste non exhaustive des « maladies
contre lesquelles personne ne pouvait rien ». Pour la première fois
de l’histoire apparaissait donc la notion de mal INCURABLE !
Non
seulement les médecins égyptiens jouissaient d’une excellente réputation
auprès de leurs contemporains mais en plus, les deux plus grands médecins
de l’Antiquité : Hippocrate et Galien, ne manquèrent jamais de
rappeler tout ce qu’ils devaient à ces praticiens qui les avaient précédés
et dont ils avaient étudié les textes dans les temples, en particulier
celui de Memphis. En effet, presque chaque temple égyptien possédait son
« hôpital » où les pèlerins pouvaient venir se faire
soigner par les Prêtres-Médecins qui ne se privaient pas d’utiliser à
leur avantage toutes sortes de guérisons « miraculeuses »
souvent « arrangées d’avance ». Preuve que la publicité
fonctionnait déjà bien à l’époque.
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Pour
simplifier, on peut dire qu’il est possible de diviser l’histoire de
la médecine grecque en trois grandes périodes :
A/ Le
temps des légendes et des Dieux
Cette
première période relève presque exclusivement de la Mythologie. D’après
la légende, c’est le Centaure Chiron qui aurait été l’inventeur de
la Médecine et de la Chirurgie. Il aurait été le « Maître »
d’Asclépios (Esculape), fils d’Apollon et de Coronis à qui il révéla
ses secrets de guérisseur.
De nombreuses références médicales à caractère magique ou divin
figurent aussi dans l’œuvre d’Homère, en particulier dans l’Iliade
où il est fait mention de nombreux traumatismes et blessures ainsi
que de la façon de les soigner.
L’art de guérir fut d’abord le privilège de certaines famille, en
particulier celle d’Asclépios (Roi de Trikki) dont Homère chanta les mérites
et dont Pindare fit un Dieu. A l’origine, le nom thessalien d’Asclépios
était « Askalapios », un terme qui désigne la taupe !
Cet animal très abondant en Thessalie était considéré comme un animal
guérisseur dans la médecine magique. Primitivement, Asclépios était
donc un « Dieu-Taupe », une divinité issue de l’élément »Terre » .
Asclépios eut de nombreux enfants dont deux filles : Hygie, déesse
grecque de la santé dont la compétence relevait des soins généraux et
de la propreté (Hygie… hygiène) et Panacée dont le nom devenu commun
désigne un remède universel.
A partir du VIIième siècle avant J.C. la médecine passa entre les mains
des prêtres d’Asclépios qui se regroupèrent en une caste de guérisseurs :
les Asclépiades. Ils exerçaient leur art dans des temples monumentaux
appelés Asclépions et qui étaient de véritables petites villes avec
lieux de culte, centres d’hospitalisation et de soins (généralement
situés près d’une source thermale), hôtels, commerces… Les plus célèbres
étaient situés à Epidaure, Pergame, Cos, Cnide, Ephèse et Athènes.
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Comme
le Dieu Asclépios ne pouvait intervenir en personne dans ces sanctuaires,
les prêtres utilisaient des serpents apprivoisés pour rendre des oracles
et d’après les rêves que faisaient les patients la nuit suivante, ils
décidaient des remèdes à employer.
Cette médecine était-elle vraiment efficace ? C’est bien
difficile à déterminer. Notons toutefois que de nombreux ex-votos qui
ont été retrouvés par les archéologues concernent des remerciements
adressés par les patients à la divinité, suite à la guérison de leur
mal… Mais il est dit aussi dans certains textes d’époque que « les
Asclépios étaient surtout compétents et efficaces pour soigner les gens
en bonne santé » ! D’ailleurs, une comédie d’Aristophane,
« Plutus », représentée en 390 avant J.C. fait assister à
la guérison de Plutus (Dieu de la Richesse) dans un des Asclépions, et
les railleries de l’auteur comique grec montrent à quel point ces méthodes
de thérapeutique sacerdotale étaient tombées dans le plus total discrédit.
B/ Les premiers médecins
Ce
n’est qu’au VIième siècle avant J.C. que la médecine grecque
commence à devenir rationnelle sous l’impulsion d’Alkmaion de
Crotone.
Disciple de Pythagore et élève de l’école de médecine de Crotone, il
inaugura la méthode expérimentale en Médecine et en Biologie. Il étudia
vraiment la structure du corps en pratiquant des dissections et
vivisections sur les animaux. C’est ainsi qu’il fut le premier à
faire le distinguo entre les veines et les artères. Il s’attacha aussi
plus spécialement aux organes des sens et à leurs relations avec le
cerveau.
L’unique ouvrage d’Alkmaion que l’on peut considérer comme le
premier traité de physiologie a été perdu, mais il est certain qu’il
exerça une grande influence sur ses disciples et successeurs parmi
lesquels il convient de citer : Hippocrate, Platon et Démocrite.
Le second personnage capital de cette période est bien sûr Hippocrate
que l’on peut considérer comme le véritable père de la Médecine. Lui
même fils, puis père, de médecins, il naquit à Cos dont il appartenait
à l’Asclépion. Une légende le présente même comme un descendant
direct d’Asclépios. Il acquit l’essentiel de ses connaissances grâce
à son esprit d’observation et à ses nombreux voyages à travers le
monde grec, l’Egypte et peut être même l’Asie Mineure.
Son œuvre fut considérable. On lui attribue 153 écrits répartis en 72
livres dont certains, apocryphes et d’origine tardive, ont certainement
été rédigés par ses élèves ou leurs successeurs. Pour résumer, on
pourrait dire que l’œuvre d’Hippocrate permet de distinguer deux
domaines : l’un consacré à la description des maladies et qui est
remarquable de justesse dans l’observation… l’autre portant sur la
recherche des causes et des moyens de guérir les affections et qui est
beaucoup plus discutable. Mais en fonction des connaissances de l’époque
et surtout de la façon dont étaient abordés ces problèmes, force est de
reconnaître que l’œuvre d’Hippocrate est exceptionnelle, même si
parfois elle est entachée d’erreurs bien compréhensibles et
parfaitement excusables. Hippocrate eut surtout l’immense mérite de
mettre en valeur « l’examen clinique » et de débarrasser la
médecine de sa « gangue magique ».
Toutefois, les préjugés religieux et les lois draconiennes qui
punissaient en Grège toute « intervention » sur les cadavres,
constituèrent un obstacle considérable aux progrès en la matière.
C/
La période égyptienne
Grâce
à Alexandre le Grand, le centre culturel de la Grèce Antique va se
trouver transféré à Alexandrie. Vers le IIième siècle avant J.C .,
Ptolémée Soter institua dans sa capitale une important école de Médecine.
Cette école qui tira une grande partie de ses connaissances des savoirs
accumulés par les prêtres égyptiens fut à l’origine de la Médecine
grecque puis de la Médecine Romaine. Il faut aussi tenir compte de
l’immense réservoir de connaissances que constituait la fameuse
Bibliothèque. Notons aussi que grâce à l’initiative de Ptolémée III
Evergète qui eut l’idée de créer une seconde Bibliothèque et de
l’installer au Serapeum ( un vieux temple dont les souterrains
contenaient les tombeaux d’Apis ) dans un autre quartier de la ville,
cette Bibliothèque Fille fut épargnée lors du catastrophique incendie
de l’an 47 avant J.C. . Avec ses ouvrages échappés au feu et ceux
de la Bibliothèque de Pergame offerts par Antoine à Cléopâtre, il fut
possible de reconstituer en grande partie le savoir des Anciens.
A cette époque, l’Ecole d’Alexandrie comptait un grand nombre de Médecins
dans ses rangs. Deux raisons expliquent les progrès considérables
accomplis par la Médecine de cette époque : d’une part, les
chercheurs avaient accès à tous les savoirs des anciens Egyptiens qui,
depuis des siècles, pratiquaient l’embaumement et la momification, ce
qui leur avait permis d’acquérir des connaissances essentielles sur
l’anatomie et la physiologie. D’autre part, la plus grande libéralité
des dirigeants d’Alexandrie avait permis la pratique de la dissection à
laquelle les Grecs « traditionnels » s’étaient toujours
opposés.
La médecine alexandrine est surtout marquée par deux noms : Hérophile
et Erasistrate.
Hérophile naquit en Asie Mineure en Bithynie, dans la ville de Chalcédoine.
Il eut pour Maîtres un des dernier Asclépiades : Praxagore de Cos,
et un représentant de l’Ecole de Cnide : Chrysippe (un médecin
qui avait beaucoup voyagé en Egypte où il s’était particulièrement
intéressé aux drogues végétales). Formé à la fois par un
hippocratique et un cnidien, il put ainsi réussir la synthèse entre le
savoir clinique de Cos et la recherche de l’explication logique des
causes pratiquée à Cnide.
Hérophile put disposer de nombreux cadavres humains pour ses recherches.
Ses pratiques scandalisèrent ses contemporains, surtout quand la rumeur
l’accusa de pratiquer la vivisection sur des condamnés à mort. A ce
propos, Tertullien n’est pas tendre envers lui et le décrit ainsi:
« Ce médecin ou ce boucher qui a disséqué six cents personnes
pour sonder la nature, même quand la mort au lieu d’être naturelle a
été provoquée par des artifices de dissection (vivisection) ».
Par contre, Celse prendra sa défense en justifiant ainsi ses pratiques :
« Il n’est pas cruel de rechercher dans le supplice des criminels
des remèdes pour les innocents de tous les siècles ».
Hérophile s’intéressa surtout à la neurologie.
Le second personnage est Erasistrate qui naquit à Julis dans l’île de
Cos. Il eut les mêmes Maîtres qu’Hérophile mais en plus, il bénéficia
du savoir de Théophraste. Sa renommée fut immense et il se spécialisa
en ophtalmologie. Beaucoup le considèrent comme le père fondateur de la
Physiologie et de la Neurophysiologie. Malheureusement aucune de ses œuvres
(onze ouvrages) n’est parvenue jusqu’à nous. Nous n’en connaissons
que quelques extraits cités par Galien.
A la fin de sa vie, il connut la déception immense de ne pouvoir se guérir
lui même d’un ulcère du pied et il préféra se suicider en
s’empoisonnant avec de la ciguë.
Hérophile et Erasistrate furent les deux plus illustres médecins de l’Ecole
Alexandrine. C’est à cette école que pour la première fois, on doit
la découverte du cristallin et son rôle dans la vision…même si on
pensait encore à l’époque que l’œil émettait des rayons vers
l’objet qu’il regardait.
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