Si les musulmans montrèrent d’excellentes qualités dans de nombreux domaines de la Science, on peut dire que c’est en médecine que leur contribution fut la plus importante. Au départ, la Médecine arabe se limitait à des pratiques plus ou moins magiques fondées sur la tradition et la superstition. A l’exception de quelques remèdes de « bonne femme », les malades étaient surtout soignés à grands coups de prières diverses et d’incantations variées assaisonnées de l’application judicieuse de quelques talismans. Parmi les remèdes employés on peut citer le henné (teinture rouge encore en usage pour teindre les cheveux) utilisé couramment pour guérir la goutte. On employait aussi le miel contre les maux de tête et la fièvre et l’on appliquait les cendres de certaines graines sur les plaies pour en arrêter le saignement et en favoriser la cicatrisation.

La Sunna du Prophète Muhammad contient plusieurs « enseignements médicaux ». Il y faisait surtout allusion à la prévention et à l’hygiène alimentaire. Il conseillait d’éviter les excès de nourriture et les mélanges d’aliments : « Nous sommes un peuple qui ne mange que lorsqu’il a faim et lorsque nous mangeons, nous évitons les excès ». Tel était le sens du hadith le plus célèbre du Prophète en matière médicale. Un autre hadith stipulait que « toute maladie avait son remède ». Les spécialistes de ces questions expliquent que l’objectif du Prophète était d’encourager à la fois le malade et le médecin. Le premier étant poussé à demander le remède. Le second étant incité à l’élaborer. Par ce hadith, le Prophète conseillait en quelque sorte aux musulmans de s’investir dans la recherche médicale.

Le premier médecin arabe digne d’être mentionné fut sans conteste Al-Hareth Ibnou Kaladah dit al Thakefi. Il naquit près de La Mecque vers la fin du VIe siècle et mourut en 634. Il s’était formé à la célèbre école de Gundishapur en Perse, il s’intéressa essentiellement à l’hygiène alimentaire et à l’hygiène sexuelle. Il recommandait en priorité l’usage des lavements et des ventouses et ne préconisait l’utilisation des drogues et des médicaments qu’en cas de nécessité absolue ou de dernier recours. Il fut le médecin de Khosroès II et surtout l’ami du Prophète.

Après l’époque prophétique, la médecine prit un caractère plus profane et se pratiqua dans un esprit de plus grande liberté.

A partir du VIIIe siècle, les musulmans commencèrent à se pencher plus sérieusement sur les problèmes médicaux. L’impulsion partit de l’école de médecine persane de Gundishapur. Lors de la conquête d’expansion, cette ville se rendit en 636 et elle ne fut donc ni détruite, ni pillée et c’est ainsi que son hôpital fut préservé. A Gundishapur l’enseignement était fondé essentiellement sur la Médecine héritée des Grecs de l’Antiquité. Il s’agissait à coup sur d’une méthodologie nettement plus rationnelle que celle pratiquée par les conquérants. Selon la tradition, les premiers vrais contacts entre Gundishapur et les souverains de l’Islam commencèrent en 765 alors que la dynastie abbasside était déjà parfaitement installée à Bagdad. Ces contacts eurent leur origine suite à un étonnant concours de circonstances qui relevait d’un cas d’urgence personnel très particulier: Le Calife al-Mansur (fondateur de Bagdad) souffrait d’indigestions chroniques et ses médecins personnels s’étant montrés bien incapables de le guérir, en désespoir de cause, il se décida à faire appel à des compétences étrangères et demanda au médecin en chef de Gundishapur de venir à Bagdad pour le soigner. Ce médecin, un chrétien nestorien nommé ibn Bakhtishu (*** - ***), réussit là où tous les autres avaient échoué et parvint à rétablir la santé du souverain. En récompense, il fut nommé médecin officiel de la cour.

Tout comme Bakhtishu, la plupart des premiers médecins de l’Islam furent d’origine persane mais néanmoins, ils parlaient, lisaient et écrivaient l’arabe, langue des érudits durant le Moyen Age. L’impulsion de la Science médicale arabe se produisit avec Hunayn ibn Ishaq (*** - ***), à la fois médecin et traducteur. Mais ce fut surtout son œuvre de traducteur qui permit à la civilisation islamique de disposer d’un matériel de base exceptionnel. En effet, Hunayn ibn Ishaq traduisit l’œuvre de Galien sous la forme de 95 livres en syriaque et 39 en arabe. Ses traductions étaient effectuées à partir de plusieurs sources qu’il comparait soigneusement. Sans négliger le fait que ses traductions étaient régulièrement commentées, complétées ou enrichies de ses expériences personnelles dans le domaine médical.

Al-Rhazi (865-925) fut l’un des médecins orientaux les plus réputés. Ses connaissances étaient si vastes et ses méthodes si efficaces que ses collègues l’appelaient « le Maître ». Il fut assurément le meilleur clinicien de son temps. Le volume de ses travaux ainsi que leur qualité firent que l’on n’hésita pas à le comparer à Hippocrate.

Al-Razi fut connu en Occident sous son nom latin de Rhazès. Il aurait, dit-on, écrit plus de deux cents livres sur les sujets les plus divers, allant de la Médecine et l’Alchimie à la Théologie et à l’Astronomie. La moitié environ de son œuvre est constituée par des ouvrages de médecine et comprend un traité sur la variole qui fit autorité pendant des siècles, aussi bien en Orient qu’en Occident. Il est bon aussi de rappeler qu’à cette époque la connaissance et la recherche scientifique en Occident étaient proches du zéro absolu.

La médecine d’al-Rhazi relevait bien souvent du simple bon sens. Il prônait une thérapeutique douce, une nourriture saine et soins attentifs le tout accompagné de trois préceptes évidents : repos, hygiène et calme.

Bien qu’à cette époque on n’ait absolument rien su de l’existence des microbes, al-Rhazi préconisait des principes d’hygiène très en avance sur son temps. Dans une capitale aux conditions d’hygiène absolument déplorables, le Calife lui demanda un jour de choisir à Bagdad le meilleur emplacement pour la construction d’un nouvel hôpital. Avant de se décider, al-Rhazi suspendit des morceaux de viande en divers endroits de la ville, puis choisit le lieu où la viande se putréfiait le moins vite. Ce fut là que l’hôpital fut construit et, très logiquement, al-Rhazi en devint le chef.

L’ouvrage qui devait couronner la carrière de ce médecin exceptionnel fut une monumentale encyclopédie réunissant, outre la somme des savoirs grec, syrien, persan, hindou et arabe primitif, ainsi que ses observations personnelles tirées de son expérience de Médecin. Cet ouvrage eut une influence considérable sur la formation de la médecine européenne.

Pourtant, pour aussi grand qu’ait pu être al-Rhazi, un autre musulman persan de langue arabe allait le surpasser: Ibn Sina (980 – 1037), connu en Occident sous son nom latin d’Avicenne. Appelé « le Prince des Philosophes » par ses contemporains, on le considère encore de nos jours comme l’un des plus grands esprits de tous les temps. Personnage incroyablement éclectique (comme tous les scientifiques de l’époque) il rédigea quelque cent soixante-dix traités de Philosophie, Médecine, Mathématiques et Astronomie, ainsi que des poèmes et des ouvrages d’ordre mystique et religieux. La légende s’empara de lui car ne dit-on pas que, dès l’âge de dix ans, il connaissait par cœur le Coran et était capable de le réciter sans la moindre erreur ou hésitation. Toujours est-il qu’à dix-huit ans, il était déjà le médecin personnel du sultan de Boukhara.

L’œuvre d’Avicenne la plus fameuse est « le Canon de la Médecine », encyclopédie qui détaillait pratiquement tous les stades du traitement de toutes les maladies connues ou répertoriées. Aucun ouvrage n’a été autant lu, traduit, étudié et commenté durant tout le Moyen Age. Du XIIe au XVIIe siècle, ce fut « LA » référence dans le domaine de la science médicale et cela dans toutes les universités orientales et européennes. L’ouvrage comprenait cinq volumes et rendait compte de façon si remarquable des découvertes de ses prédécesseurs que parfois les observations de l’auteur passaient inaperçues malgré leur pertinence et leur originalité.

On attribue à Ibn Sina, entre autres, d’avoir décelé la nature contagieuse de plusieurs maladies dont la tuberculose. On lui doit également la description de certains troubles psychiques.. Ibn Sina avait également remarqué que certaines maladies se propageaient par l’eau ou par le sol, ce en quoi il était très en avance sur son temps.

Ibn Sina intéressa aussi au cancer et rédigea pour ses confrères des traités dans lesquels il leur donnait des indications pour le traitement de cette maladie, en particulier intervenir dès l’apparition du mal et procéder à l’ablation de tous les tissus atteints. Il y voyait là le seul espoir de guérison.

En dehors de la médecine, signalons qu’il inventa une règle graduée qui contribua à accroître la précision des instruments de mesures angulaires et des petites longueurs. On lui doit aussi un grand nombre de découvertes dans le domaine de la physique, lesquelles servirent à jeter les bases de la science expérimentale qui devait se développer aux XVIe et XVIIe siècles. Ibn Sina mourut à cinquante huit ans, après s’être soigné lui-même hélas sans succès.

Tandis que des savants comme Ibn Sina et al-Rhazi faisaient progresser la médecine en Orient, d’autres grands médecins-philosophes apparaissaient dans la partie occidentale de l’Empire islamique. Parmi ceux-ci, le brillant médecin espagnol Ibn Rushd, connu également sous son nom latin d’Averroès.

Intelligence universelle comme beaucoup de ses pairs, Ibn Rushd écrivit des livres de Médecine, d’Astronomie, de Mathématiques, de Philosophie et de Droit. Rien d’étonnant à ce qu’il ait été non seulement le médecin attitré du Sultan mais aussi juge à Séville et à Cordoue. En outre, Ibn Rushd est connu comme l’un des meilleurs exégètes d’Aristote. Ce sont justement ses commentaires au sujet du célèbre philosophe grec qui attirèrent l’attention de l’Occident sur Aristote, contribuant ainsi à former la pensée philosophique européenne.

Maymoun, autre médecin andalou qui influença l’Occident, était un juif connu en Europe sous le nom de Maïmonide; il fut le médecin de la cour de Saladin, sultan d’Egypte et de Syrie au XIIe siècle. Maïmonide rédigea des ouvrages abordant de nombreux domaines tels des traités de Médecine, d’Astronomie, de Théologie et de philosophie. Il était aussi réputé pour sa sagesse ,sa grande connaissance de la nature humaine et aussi pour son vaste savoir. Il composa le célèbre Guide des Egarés un ouvrage philosophique qui tentait de concilier la pensée religieuse et les doctrines scientifiques d’Aristote.

Ses ouvrages de médecine comprenaient des commentaires de Galien et d’Hippocrate, ainsi que des observations personnelles concernant surtout le régime alimentaire et l’hygiène individuelle.

Les médecins islamiques contribuèrent également à développer l’art de la chirurgie, bien que ce domaine ait été considéré comme une branche mineure de la médecine. La chirurgie avait été « oubliée » jusqu’aux travaux du médecin espagnol, Abulcasis qui la remit à l’honneur dans ses œuvres, au Xe siècle. Son étude est illustrée d’une foule de dessins précis représentant divers instruments chirurgicaux ainsi que certaines techniques opératoires. Il faut bien préciser aussi qu’à cette époque, l’islam interdisait catégoriquement toute forme de dissection, ce qui ne favorisait pas la connaissance des organes internes sur lesquels les chirurgiens pouvaient être appelés à opérer. Notons aussi que les dissections étaient tout autant proscrites par le christianisme. Toutefois au vu de la précision de certaines planches anatomiques figurant dans les ouvrages de médecine arabe, on est en droit de se demander si leurs auteurs ne passèrent pas outre cette interdiction… et ce, certainement avec l’autorisation tacite des autorités civiles et religieuses en place. Et puis, en fin de compte, s’il était interdit de pratiquer une dissection sur le cadavre d’un musulman, cette règle ne s’appliquait peut être pas dans le cas où le corps aurait été celui d’un « infidèle ». De toutes façon, cette interdiction stricte a toujours été transgressée ou contournée de tous temps (Hérophile, Erasistrate…) et ce, pour le plus grand profit des patients qui pouvaient par la suite bénéficier d’une connaissance et d’une expérience acquises « sur le terrain ».

Les médecins musulmans réalisèrent un grand nombre d’opérations fort complexes pour l’époque, concernant la chirurgie crânienne, les interventions sur les vaisseaux sanguins et sur l’œil. Ils étaient d’ailleurs particulièrement habiles en ce qui concerne ces dernières, sans doute parce les affections touchant cet organe étaient très répandues en Orient. On leur doit des traités d’ophtalmologie fort bien faits. Ils mirent au point une méthode ingénieuse pour opérer les cataractes légères en se servant d’un tube destiné à aspirer le cristallin par succion à travers la sclérotique de l’œil. Cette méthode avait l’avantage de ne pas léser la partie antérieur du globe oculaire et donc d’éviter l’épanchement et la perte de l’humeur aqueuse. Leur méthode resta d’ailleurs en usage durant plusieurs siècles.

On savait également pratiquer une chirurgie abdominale très délicate, en particulier sur la vessie, comportant l’usage de drains.

On avait aussi appris à pratiquer des amputations des bras et des jambes.

Pour réaliser leurs interventions chirurgicales, les médecins disposaient de divers anesthésiques, dont l’opium que l’on pouvait rendre plus actif en le mélangeant à du vin. On utilisait aussi d’autres substances relevant surtout du domaine de la Magie (ou de l’Alchimie) et dont il est impossible de déterminer la nature… et l’efficacité.

Avant d’être admis à pratiquer la chirurgie, le postulant était tenu de suivre des cours et de passer diverses épreuves par lesquelles il devait démontrer sa connaissance approfondie de l’anatomie et des œuvres de Galien. De plus, on exigeait des spécialistes des connaissances bien plus étendues concernant la région particulière du corps sur laquelle ils se spécialiseraient.

Dans un domaine plus « anodin », les médecins arabes acquirent des connaissances de qualité dans le domaine de la chirurgie dentaire, depuis les soins des caries jusqu’à la pose de prothèses en os, en passant bien sur par toutes les conditions d’extraction des dents abîmées.

Dans le traitement des maladies par médication, les musulmans furent également très en avance. Généralement, la plupart des médecins islamiques préparaient leurs propres drogues, mais Bagdad possédait aussi des apothicaires qui exécutaient des ordonnances comme nos modernes pharmaciens. Ces apothicaires disposaient d’un vaste assortiment de remèdes à base de produits végétaux et animaux, et même de substances minérales complexes telles que le sulfate de cuivre employé pour favoriser la cicatrisation des plaies ouvertes en rapprochant les tissus lésés.

Si les médicaments avaient une grande importance, leur différence d’avec les « poisons » était parfois fort subtile et en tout état de cause bien difficile à établir. Par principe, ils étaient donc considérés comme particulièrement dangereux et faisaient l’objet d’une sévère surveillance de la part d’inspecteurs spécialisés. Ces fonctionnaires contrôlaient les produits et leurs mélanges et s’assuraient même que les pots qui les contenaient étaient parfaitement propres. Lorsqu’il arrivait à un inspecteur de prendre en faute un apothicaire, les pénalités étaient sévères allant de lourdes amendes à des punitions plus rigoureuses dont la bastonnade sur la plante des pieds du délinquant.

Les souverains islamiques exigèrent aussi que les médecins possèdent un permis/diplôme pour pouvoir exercer leur art.

En 931, un infortuné citoyen de Bagdad mourut par suite d’une erreur de traitement de son médecin, et le calife Muqtadir, à la suite de cet incident, donna l’ordre que tous les praticiens subissent un examen sous le contrôle de son médecin personnel, Sinan ibn Thabit. La première année, 860 médecins réussirent les épreuves. Mais cette mesure ne fut pas toujours appliquée en raison de la pratique des passe-droits et des pots-de-vin !

Les médecins qu’on estimait suffisamment qualifiés dans leur art soignaient beaucoup de leurs malades dans des hôpitaux. Dès le début du IXe siècle, Bagdad eut son premier hôpital, probablement créé sur le modèle de celui qui était rattaché à l’école de médecine de Gundichapur. D’autres hôpitaux ne tardèrent pas à faire leur apparition et bientôt on en compta trente quatre disséminés à travers l’Empire.

Certains semblent avoir été étonnamment « modernes ». Dans les grandes villes, ils comportaient différents services affectés aux différents types de maladies. Les hommes et les femmes étaient soignés dans des locaux séparés. Les patients atteints de maladies contagieuses (la variole) étaient placés à l’isolement. Presque tous les hôpitaux possédaient une section spéciale réservée aux aliénés. Ils avaient également des infirmeries pour les soins d’urgence aux blessés légers, tandis que les cas plus graves étaient admis dans des services qualifiés. Les médecins faisaient des visites à leurs malades et leur prescrivaient les traitements appropriés. Et chose plus étonnante encore, les hôpitaux étaient ouverts à tout le monde et pratiquement tous les soins étaient gratuits ainsi que la nourriture servie aux malades. Il faut dire aussi que beaucoup de ces hôpitaux avaient été construits sous l’impulsion de mécènes qui voyaient dans la gratuité de fonctionnement une façon pour eux de satisfaire à un des cinq piliers de l’islam : l’Aumône !

L’une des sections les plus importantes de l’hôpital musulman était son dispensaire, lequel possédait pratiquement toutes les variétés de médicaments connus ainsi que des collections de produits minéraux, végétaux et animaux absolument extraordinaires. Les épices y tenaient d’ailleurs une place non négligeable.

Tout hôpital qui se respectait possédait également au moins une bibliothèque médicale réservée aux médecins et aux jeunes stagiaires. Les premiers pouvaient, en cas de doute, se référer au savoir d’un Maître et les seconds avaient à disposition de quoi étendre ou parfaire leurs connaissances.

Enfin, au XIe siècle, apparurent des cliniques ambulantes qui desservaient les régions trop éloignées des grandes agglomérations. Ces sortes de dispensaires mobiles se déplaçaient à dos de des chameaux et étaient gérés par un ou plusieurs médecins. Lorsqu’ils s’arrêtaient dans un village ou en un lieu écarté, une tente était dressée, et le médecin examinait les malades et leur prodiguait les soins nécessaires. Ces cliniques volantes étaient également mises en service pendant les guerres et les épidémies qui, fatalement, provoquaient une surcharge des hôpitaux.

Force est de reconnaître qu’à cette époque, la Médecine arabe représentait le sommet de ce qu’il était possible d’atteindre dans ce domaine et écrasait complètement une Médecine occidentale quasi inexistante et entachée d’obscurantisme. Pour un malade ou un blessé, les chances de survie étaient « cent fois » plus grandes à Bagdad ou à Damas qu’à Paris ou à Rome !

A Titre de curiosité, savourons cet extrait dont on ne manquera pas de mesurer tout l’humour :
Un médecin syrien témoigne de la technique d’un médecin occidental.

"Un jour, on me présenta un chevalier qui avait une tumeur à la jambe et une femme atteinte de consomption [faiblesse]. Je mis un emplâtre au chevalier, la tumeur s’ouvrit et s’améliora; je prescrivis une diète à la femme pour lui rafraîchir le tempérament. Mais voici qu’arriva un médecin franc, lequel déclara : « Cet homme ne sait pas les soigner ! » et, s’adressant au chevalier, il lui demanda : « Que préfères-tu ? Vivre avec une seule jambe ou mourir avec les deux ? » Le patient ayant répondu qu’il aimait mieux vivre avec une seule jambe, le médecin ordonna: « Amenez-moi un chevalier solide et une hache bien aiguisée. » Arrivèrent le chevalier et la hache tandis que j’étais toujours présent. Le médecin plaça la jambe sur un billot de bois et dit au chevalier : « Donne-lui un bon coup de hache pour la couper net ! » Sous mes yeux, l’homme la frappa d’un premier coup, puis ne l’ayant pas bien coupée, d’un second; la moelle de la jambe gicla et le blessé mourut à l’instant même. Examinant alors la femme, le médecin dit: « Elle a dans la tête un démon qui est amoureux d’elle. Coupez-lui les cheveux! » On les lui coupa et elle recommença à manger de leur nourriture, avec de l’ail et de la moutarde, ce qui augmenta la consomption. « C’est donc que le diable lui est entré dans la tête », trancha le médecin, et saisissant un rasoir, il lui fit une incision en forme de croix, écarta la peau pour faire apparaître l’os de la tête et le frotta avec du sel... et la femme mourut sur le champ. Je demandai alors : « Vous n’avez plus besoin de moi ? » Ils me dirent que non et je m’en revins après avoir appris de leur médecine bien des choses que précédemment j’ignorais."

D’après Usama Ibn Munqidh (1095-1188), « Des Enseignements de la Vie ».

 

Projet Educatif Européen « SOCRATES COMENIUS » - Collège Jules Ferry de Montluçon
CONSERVATION ET TRANSMISSION DES SAVOIRS SCIENTIFIQUES ENTRE L'ANTIQUITE ET LA RENAISSANCE
Coordonnatrice du Projet : Mme GIRAUD Martine. Animateur du Projet : Mr GIRAUD Jean
Auteur du document : Mr GIRAUD Jean.  Mise en page Web : Mr OLLIER Jean Pierre