BREF APERÇU
HISTORIQUE
DE
LA MÉSOPOTAMIE 

 Terre de migrations et d’invasions, la Mésopotamie connut une histoire à la fois riche et chaotique.

Les civilisations qui se développèrent dans cette partie du monde sont nettement moins bien connues (et surtout moins étudiées dans le contexte scolaire) que l’Egypte pharaonique qui sur plusieurs siècles leur fut contemporaine.

Aussi est-il bien difficile de brosser en quelques pages le contexte géographique et historique qui vit évoluer successivement ou parallèlement une foule de peuples qui apportèrent à LA CIVILISATION des éléments primordiaux. 

LE « PAYS »

 C’est une région d’Asie occidentale qui constitue la partie orientale de ce que les historiens appellent « le croissant fertile ».  Venus du haut massif arménien qui les alimente abondamment, deux fleuves : le Tigre et l’Euphrate commencent par traverser l’Assyrie montagneuse avant de pénétrer dans la vaste plaine de Mésopotamie pour enfin, après avoir arrosé la Chaldée, terminer leurs cours par un vaste delta et se jeter dans le Golfe Persique. Le nom même de Mésopotamie vient des deux mots grecs : mesos « milieu » et potamos « fleuve ». Au sens étymologique du terme, la Mésopotamie est donc le « Pays entre les Fleuves ».

Le climat très continental est marqué par une extrême sécheresse et des écarts considérables de températures entre l’été et l’hiver. Si la Haute Mésopotamie constituée de montagnes et de plateaux reçoit suffisamment de précipitations pour permettre une agriculture « sèche », il n’en est pas de même de la Basse Mésopotamie. Sans les deux fleuves, les plaines mésopotamiennes seraient désertiques et ce sont leurs alluvions fertiles qui ont permis aux hommes de s’installer sur leurs bords et d’y développer leurs civilisations en pratiquant l’irrigation.

Actuellement, la Mésopotamie se trouve presque essentiellement en Irak et pour une faible part en Turquie et Arménie.

Carte de la Mésopotamie


COMPRENDRE LE CONTEXTE.

En Mésopotamie, la pierre est rare. C’est la raison pour laquelle il n’y subsiste aucune ruine imposante comme en Egypte et cela explique le fait que les archéologues n’aient commencé à s’intéresser à ce désert que vers 1840.

Il faut garder constamment présent à l’esprit que la Mésopotamie est la Civilisation de l’ARGILE, seul matériau dont les habitants pouvaient disposer autant qu’ils le désiraient.

L’HISTOIRE ET L’HERITAGE

A travers un bref résumé de l’histoire de la région, contentons nous donc d’énumérer rapidement les progrès dont nous sommes redevables à ces peuples.

-Vers 9000 avant J.C., les nomades commencent à se sédentariser et abandonnent la cueillette pour passer au stade de la culture. Ils utilisent des systèmes de retenues et de dérivations des cours d’eau. Nous leur devons donc l’IRRIGATION. Ils mettent au point de nouveaux outils tels la charrue pour préparer le sol avant les semailles. Nous leur devons donc l’AGRICULTURE.

-Vers 8000 avant J.C., ils parviennent à domestiquer des animaux. Nous leur devons donc l’ELEVAGE.

-Entre 6500 et 4500 avant J.C., les villages se structurent, s’organisent, assurent leur défense… Nous leur devons donc les premières VILLES avec enceintes fortifiées (cultures d’Hassuna, de Samarra puis de Tell-Halaf et d’Obeid).

-Les échanges entre cités s’organisent et s’affinent. Nous leur devons donc le COMMERCE.

-Les artisans manipulent de mieux en mieux l’argile qui abonde, ils deviennent des maîtres de la POTERIE (cuite au four et non plus simplement séchée au soleil) puis de la CERAMIQUE.

-Dans la région de Tell Halaf, les potiers passent du système du « colombin » à l’usage du tour pour façonner leur production. Il y a tout lieu de penser que la roue horizontale du tour a donné naissance à un dispositif similaire et vertical facilitant grandement les transports qui jusqu’alors s’effectuaient au moyen de travois. Nous leur devons donc la ROUE.

-La complexité des échanges commerciaux oblige les commerçants à inventer un système de communication numérique et d’archivage des transactions. Nous leur devons donc la notation de véritables NOMBRES et les bases du CALCUL (d’ailleurs, leur premier système de notation numérique porte le nom de « calculis »).

-Les Rois des différentes cités sont très préoccupés de connaître l’avenir, aussi entretiennent-ils de nombreux Mages chargés d’observer les « signes » du ciel. Petit à petit cette observation se transforme en un raisonnement plus rigoureux et les déplacements des astres sont alors connus avec énormément de précision et soigneusement notés dans des archives. Nous leur devons donc l’ASTRONOMIE. Notons que plusieurs noms utilisés par les astronomes mésopotamiens pour désigner les constellations ont encore cours de nos jours, tels les Gémeaux, le Scorpion, le Capricorne…

-Leur numération utilise un système à base 60. Pour cette raison, l’année civile officielle compte 360 jours (60 x 6). Afin de repérer les levers d’astres au cours de l’année, l’horizon céleste est partagé en 360 parties égales que nous appellerons les degrés…Degrés eux-mêmes partagés en 60 parties (les minutes d’arc)… elles-mêmes partagées à leur tour en 60 parties (les secondes d’arc). Nous leur devons donc les MESURES ANGULAIRES.

-L’année est partagée en 12 mois et le zodiaque en 12 signes. Nous leur devons donc la base de notre CALENDRIER.

-La journée est partagée en deux périodes de 12 heures chacune, 12 heures pour le jour, 12 heures pour la nuit… Heures elles-mêmes partagées en 60 minutes et chaque minute en 60 secondes. Nous leur devons donc nos MESURES HORAIRES.

-Ces peuples passent alors très vite de la notation des nombres à celle des choses puis des mots, puis des idées. Nous leur devons donc l’ECRITURE. Les premières tablettes comportant une véritable écriture proviennent de la région d’Uruk et datent de 3400 ans avant J.C.

A partir de là, l’homme quitte le stade de la PREHISTOIRE pour passer dans celui de l’HISTOIRE et les évènements historiques concernant ces peuples nous sont alors beaucoup mieux connus puisque soigneusement retranscrits sur des tablettes d’argile sous la forme d’une écriture qui, en évoluant au cours des siècles, se perfectionne, se simplifie et devient la fameuse ECRITURE CUNEIFORME.

A une mosaïque de cités-états succèdent les premiers Empires qui unissent sous leur domination une grande partie de la Mésopotamie.

Vers 3200 avant J.C. la Chaldée voit s’imposer une première grande civilisation, celle des Sumériens qui assèchent et cultivent les marécages qui constituent une grande partie de leur territoire. Si les paysans habitent toujours des huttes de roseaux, dans les villes on construit déjà des bâtiments de briques et les premières constructions importantes font appel au dispositif de l’arc et de la voûte. Nous leur devons donc des éléments essentiels de l’ARCHITECTURE.

La richesse des Sumériens engendre des convoitises et ils subissent de nombreuses invasions. Le pays d’Akkad se trouve au  Nord de Sumer. Bien qu’ayant le même mode de vie, les tribus qui y vivent sont d’une autre ethnie et parlent une autre langue. Vers 2350 avant J.C., Sargon, Roi de la cité de Kish, unit les villes akkadiennes et entreprend de conquérir Sumer. Il commence par vaincre ses voisins de l’Elam, puis en s’assurant le contrôle des voies d’eau jusqu’au Golfe Persique il prend au passage toutes les grandes cités comme Mari et devient le premier « unificateur » de toute la Mésopotamie.


Palais de Sargon

PALAIS DE SARGON

Mais la civilisation sumérienne « résiste » et finit par s’imposer à ses conquérants.

Vers la fin du troisième millénaire, une vague d’envahisseurs sémites venus du Sud occupe une grande part de la Mésopotamie et fonde un vaste Empire  qui s’étend de la côte de Syrie au Golfe Persique. Leurs souverains s’installent dans une ville de faible importance : Babylone (ce qui veut dire « Porte des Dieux »), et en font bien vite une capitale influente.

Porte d'Ishtar

PORTE D'ISHTAR

 

Les Babyloniens se révèlent des maîtres dans l’art de travailler les métaux et les alliages. Nous leur devons donc une grande part des bases de la METALLURGIE.

Plus tard vers 1762 avant J.C., un puissant souverain babylonien, Hammourabi, édicte un code de lois gravées dans un bloc de pierre et ne comportant pas moins de 282 articles régissant le commerce, la famille, l’esclavage, la propriété, les prix… Nous leur devons donc la première forme de LEGISLATION.

 



Stèle du Code Hammourabi
avec l'aimable autorisation du Musée du Louvre

 

Ce premier Empire Babylonien s’effondre sous les assauts des Hittites qui prennent Babylone en  1595 avant J.C. mais ne fondent rien de durable. La Mésopotamie retombe alors dans la division et l’anarchie.

Une tribu de montagnards, les Kassites, fonde une nouvelle dynastie qui gouverne pendant près d’un demi siècle.

Les Assyriens du Nord ont toujours dû se battre pour survivre. Jusque vers 2000 ans avant J.C. ils vivent sous la domination des Akkadiens et des Sumériens, jusqu’au jour où des envahisseurs leur redonnent leur indépendance. Dès lors, ils cherchent à étendre leur domination, mais sans y parvenir. Pourtant au IXième siècle avant J.C. et afin d’obéir à leur Dieu Assour, les souverains assyriens se lancent à la conquête du « monde ». Ils profitent d’une période de faiblesse de leurs rivaux et grâce à la férocité de leur armée supérieurement organisée, ils fondent un Empire qui occupe la totalité du Croissant Fertile. Nous leur devons donc les premiers éléments de STATEGIE MILITAIRE.

En 663 avant J.C., sous le règne d’Assurbanipal, ils s’emparent de l’Egypte. Mais les Babyloniens qui se sont réorganisés se révoltent contre leurs maîtres. L’antagonisme entre les deux peuples a duré près d’un millénaire toutefois, en s’alliant aux Mèdes du Nord-Ouest de l’Iran, les Babyloniens finissent par prendre et détruire Ninive la capitale des Assyriens en 612 avant J.C.

Après la chute de Ninive, Babylone redevient la capitale d’un puissant Empire. Son souverain le plus célèbre, Nabuchodonosor II sort vainqueur d’une coalition des Egyptiens, des Phéniciens et des Juifs. Il s’empare de Jérusalem dont les habitants sont déportés en captivité à Babylone en 587 avant J.C. (Argument du célèbre opéra de Verdi : Nabucco). Nabuchodonosor fait de Babylone, sa capitale, « la Reine de l’Asie ». Dominée par une immense Ziggourat, la cité est entourée d’une enceinte fortifiée de 50 km de périmètre percée de 100 portes. Elle est surtout agrémentée par d’immenses terrasses fleuries que les voyageurs ébahis voient surgir en plein désert comme flottant dans le ciel : les célèbres « Jardins Suspendus », une des Sept Merveilles du monde. (D’après certaines sources, il aurait déjà existé des jardins suspendus à Babylone depuis  plusieurs siècles et Nabuchodonosor n’aurait fait que les restaurer).


Cette période de l’histoire de la Mésopotamie permet aussi de comprendre à quel point notre culture Judéo-Chrétienne a été marquée par ces civilisations. Les Mésopotamiens qui adorent une foule de Dieux représentent fréquemment une créature extraordinaire, une chimère à tête d’Homme, corps de Lion, pattes de Taureau et ailes d’Aigle. La plus célèbre représentation de cet être composite est connue sous le nom de Taureau ailé de Khorsabad et peut être admirée au Louvre.

 



Taureau ailé
avec l'aimable autorisation du Musée du Louvre

 

Or, parmi les Juifs déportés à Babylone se trouve un certain Ezechiel qui ne peut pas manquer de voir ce genre de représentations pendant sa captivité. Plus tard, Ezéchiel a une « vision » provoqué par Dieu. Il voit des roues d’où sortent quatre créatures ayant chacune quatre faces : une face d’Homme, une face de Lion, une face de Taureau et une face d’Aigle… Curieuse coïncidence !

Toujours est-il que cette vision servira beaucoup plus tard à donner un attribut spécifique à chacun des quatre évangélistes : Saint Mathieu - l ’Homme (ou Ange), Saint Marc - le Lion, Saint Luc - le Taureau (ou bœuf) et Saint Jean - l’Aigle…


Est-il nécessaire aussi de rappeler que la Ziggourat de Babylone a donné naissance au récit biblique de la Tour de Babel  et que les « Epopées » mésopotamiennes écrites bien avant la Bible font déjà référence à un Déluge Universel dont seuls quelques élus, humains et animaux, échappent grâce à une gigantesque Arche...

Tour de Babel ( enluminure du Moyen-Age )


Quant au célèbre Sargon, selon la légende, ce fils naturel d’une grande prêtresse aurait été abandonné aux eaux de l’Euphrate dans un panier d’osier avant d’être recueilli et placé sous la protection de la Déesse Ishtar. Curieux destin qui n’est pas sans rappeler celui que connaîtra plus tard le Prophète Moïse.

En dépit de sa splendeur, le second Empire babylonien dure peu. En 538 avant J.C. les Perses conduits par le Roi Cyrus l’anéantissent complètement. Puis la région passe sous la domination d’Alexandre le Grand puis de ses successeurs, les Séleucides. C’est alors au tour des Parthes et des Sassanides d’occuper le pays qui devient alors le terrain privilégié de l’affrontement entre les Empires Perse et Romain… puis Byzantin… puis, puis, puis… Il semble bien que la guerre en cette région du monde soit condamnée à ne jamais avoir de fin. 

CONCLUSION

De ce passé à la fois riche et tumultueux, il nous semble indispensable de reconnaître et retenir qu’une très grande part de notre patrimoine spirituel et culturel provient de ces civilisations qui se sont succédées et combattues sur cette terre de Mésopotamie.

 

Projet Educatif Européen « SOCRATES COMENIUS » - Collège Jules Ferry  (Montluçon)
LES ORIGINES DU PATRIMOINE SCIENTIFIQUE EUROPEEN
Coordonnatrice du Projet : Melle BANKO Martine. Animateur du Projet : Mr GIRAUD Jean
Auteur du document : Mr GIRAUD Jean.  Mise en page Web : Mr OLLIER Jean Pierre